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Le Bouddhisme, Tch'an. - Zen,
p. 483-484-485.
"TAKUAN (1573-1645) enseigna empereur, shogun (21) et seigneurs,
mais il se plaisait à trouver dans le peuple des coeurs purs et dévoués
au Buddha. Le maître en arts martiaux de la famille shogunale étant
son disciple, il écrivit à son intention un recueil intitulé
: Mystères de la sagesse immobile (22).
Si l'on possède au fond de soi cette « sagesse immobile »
qui
21. Le Shogun, généralissime ou gouverneur, exerçait
alors le pouvoir, tandis que l'empereur n'avait qu'un rôle honorifique.
22. Masumi SHIBATA le résume et le cite dans Les Maîtres du Zen
au Japon, Paris, 1969, p 89 sqq. Nous lui empruntons quelques passages.
est en accord avec l'Esprit foncier, on a l'esprit libre et une entière
spontanéité de mouvement. Le contraire, ou ignorance, consiste à
« tenir son esprit quelque part ». « L'Esprit foncier est celui
qui est répandu dans le corps entier et partout, tandis que l'esprit illusoire
est celui qui est figé en un seul endroit par des idées fixes et
lorsque l'Esprit foncier se fige en un endroit il devient esprit illusoire. C'est
comme l'eau et la glace. L'eau ne s'arrête en aucun endroit. »
L'esprit illusoire est encore dit avec conscience, l'Esprit foncier sans conscience.
Si l'on enlève ce sur quoi l'esprit se fixe c'est alors l'esprit sans conscience.
Takuan s'élève donc contre la pratique inspirée de la médecine
traditionnelle qui consiste à se concentrer sur le centre vital situé
au-dessous du nombril, méthode tout juste bonne pour les débutants,
car ceux qui l'appliquent « sont prisonniers de cette idée fixe
de ne pas laisser leur esprit aller ailleurs. Ils manquent d'activité et
ne sont pas libres. Par contre, si l'on ne tient son esprit nulle part, il est
omniprésent dans le corps entier et lorsque l'on a besoin que la main soit
active, cette main est pleine d'activité ( et il en est de même pour
la jambe ou pour l'oeil, mais ), si l'on place son esprit dans une direction,
les neuf autres directions lui manquent. Par contre, si l'on ne place pas son
esprit dans une seule direction, il remplit les dix directions. »
« Concentrer son esprit... c'est comme attacher un chat à une corde
pour qu'il n'attrape pas un petit moineau attaché à côté...
Libérez votre esprit comme vous détacheriez le chat ; alors il oeuvrera
librement, sans fixation, ou qu'il aille. »
Cela s'applique aux arts martiaux :
« Si notre esprit est concentre sur l'autre sabre, qui s'avance vers nous,
nos mouvements se relâchent et nous sommes pourfendus. Si notre esprit s'attarde
quelque peu au tranchant de l'autre sabre qui s'abaisse ou à notre propre
frappe, ou bien sur celui qui frappe, (...) ou sur la distance qui nous sépare
de l'autre escrimeur, ou sur la cadence du combat, nos mouvements se relâchent
et nous sommes pourfendus. Si nous concentrons toute notre attention sur nous
afin de ne pas nous distraire de notre action, ceci appartient au stade du noviciat.
Si vous prêtez attention au rythme du combat votre esprit sera prisonnier
du rythme. Si vous attachez votre attention au sabre, votre esprit sera prisonnier
du sabre (...). Bien que vous voyiez le sabre ennemi qui vous attaque, évitez
que votre esprit s'y emprisonne. Harmonisez-vous au rythme du sabre ennemi, sans
songer à la contre-offensive ni laisser aucune discrimination conjecturale
! Aussitôt que vous voyez le sabre adverse se lever, sans laisser du tout
votre esprit s'arrêter, vous vous accordez sur ce sabre adverse en utilisant
tout naturellement les occasions qui se présentent. Vous pourrez même
arracher le sabre qui va vous pourfendre et vous pourrez l'utiliser en revanche
comme sabre pourfendant l'adversaire (23). »
Il suffit, pour réussir, que l'espace de temps entre le sabre adverse
et celui de l'escrimeur ne soit « pas plus grand que l'épaisseur
d'un cheveu ». "
23. Traduction M. SHIBATA. op. cit., p. 90-91. ... retour à l'index
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